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"La concentration dans les industries de contenu", Réseaux, n°131, dirigé par Bernard Miège (Lavoisier, 2005)
La question de la concentration dans les industries culturelles et dans les médias est en très bonne place dans les débats publics, elle est au centre de polémiques croissantes. Et pourtant, rares sont les travaux de recherche qui la prennent pour objet, soit que les auteurs, économistes pour la plupart, ne voient pas de l’intérêt à la dissocier des tendances marquantes du capitalisme contemporain, soit qu’on ne s’attache pas à l’envisager dans toute sa complexité et sa diversité à l’aide de données allant au-delà des changements incessants intervenant dans le temps court dans le capital des groupes et des firmes.

Ce que les cinq articles constituant la présente livraison de Réseaux entendent d’abord montrer, c’est que la concentration prend des formes particulières et recèlent des spécificités dans le secteur de la communication qu’une analyse économique générale d’ensemble ne saurait réduire ; c’est ensuite que les représentations discursives qui en sont données, tout particulièrement dans la presse, spécialisée ou non, et plus encore dans les médias audiovisuels, tendent à en obscurcir grandement la compréhension, en la simplifiant et en l’orientant vers des schèmes explicatifs réducteurs. Cet aspect nous est du reste apparu tellement prégnant et en quelque sorte comme constitutif de l’objet envisagé, que l’un des articles, celui de Claire Moriset et de Bernard Miège, s’intéresse précisément au positionnement de cette catégorie d’industries… sur la scène médiatique ; et le traitement que les titres de presse, avec le plus souvent une concordance qui interroge, font des « événements » en rapport avec la concentration est conventionnel : leur intérêt se porte prioritairement sur les changements affectant la propriété et le contrôle financier, la dépendance étroite entre ces changements et les évolutions technologiques, ou l’asservissement de la production indépendante par des oligopoles puissants. Les stratégies sont en quelque sorte déduites des « coups » financiers opérés, ou anticipées à partir d’eux. Autrement dit, les logiques financières sont omni-présentes dans ce type de représentation du phénomène, et le sont tellement que l’on s’interdit de penser que d’autre logiques, économico-culturelles par exemple, sont également à l’œuvre et que des stratégies d’acteurs se déploient non seulement lors de chaque changement dans le contrôle des groupes ou des firmes, mais dans leur activité même.

En d’autres termes, l’approche des modalités de la représentation discursive de la concentration constitue déjà une entrée pour l’analyse de l’objet envisagé, dans la mesure où il importe, dès le départ, de déconstruire tout ce qu’elle comporte de pré-notions, d’approximations et de déductions présentées comme des évidences. C’est sans doute vrai de tout objet de connaissance, mais cela l’est tout particulièrement de celui dont traite ce numéro.
 
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