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"2001 Bogues. Globalisme et pluralisme. Tome 4. Communication, démocratie et globalisation", dirigé par A. Mattelart & G. Tremblay (PU de Laval, 2003)

Selon une croyance propagée tout au long des années 1980 et 1990, la globalisation progresse sous le porte-étendard de la liberté des marchés, censée apporter au monde bonheur et prospérité. Les technologies de l'information et de la communication fournissent, quant à elles, l'infrastructure du réseau nécessaire à son expansion et à son fonctionnement. La connaissance, rendue accessible à tous, devient le facteur principal de la productivité et de la compétitivité.

En ces années de triomphalisme du projet du capitalisme mondial intégré et de reflux des forces démocratiques qui ont marqué la fin du précédent millénaire, les schémas d'analyse sur le rapport de pouvoir entre les cultures et l'inégalité des conditions des transactions et des interactions entre elles sont devenus suspects. La globalisation galopante postulait l'égalité des chances sur le marché libre, refusant de reconnaître le déséquilibre des échanges qui résulte de la disproportion des ressources entre les acteurs. Devenu volatile et insaisissable, le pouvoir se dissolvait dans la multiplicité des infinies médiations et négociations entre individus souverains.

L'implacable logique de guerre qui se déploie actuellement, malgré la réprobation qu'elle suscite partout sur la planète, révèle un tout autre visage de la globalisation. L'expansion des marchés à l'ensemble du globe n'en est que la première face. Le contrôle de ces mêmes marchés, en particulier celui des ressources énergétiques, en constitue l'indissociable revers. Par-delà le discours sur la tyrannie et les menaces à la sécurité du monde, l'enjeu réel de ce qui se passe au Moyen-Orient n'échappe à personne. La suprématie militaire a été convoquée en appui à l'hégémonie économique pour renverser un dictateur, le remplacer par un régime plus favorable aux intérêts américains et stabiliser l'accès aux ressources énergétiques de la région. Devant les résistances que provoquent ses préparatifs de guerre et ses tentatives pour obtenir l'aval de la communauté internationale, l'administration Bush se dit prête à agir sans l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU, quitte déstabiliser, discréditer, voire balayer les institutions qui ont fourni, depuis la Deuxième guerre mondiale, une légitimité à la lente élaboration d'une certaine forme de régulation internationale. Cette régression gigantesque risque de s'accompagner du retour à la vieille doctrine coloniale du mandat, née au lendemain de la création de la Société des nations (SDN) : la mise en tutelle des peuples récalcitrants sous administration des grandes nations dites démocratiques et civilisées.

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