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« Discuter,
faire, échanger : réseaux relationnels et pratiques
culturelles »
Armelle Bergé, Delphine Saizonou
CARISM – TECH/SUSI, France
Fabienne Gire, Fabien Granjon
TECH/SUSI
Interrogeant les transformations des pratiques culturelles, certains
travaux récents invitent à (ré)introduire dans
l’analyse, la part de la sociabilité dans lesquelles
ces dernières s’inscrivent. Les pratiques culturelles
en effet, dans leur accomplissement, se nourrissent et sont alimentées
par des interactions avec d’autres : discuter autour des œuvres,
échanger des contenus par prêt ou emprunt, partager des
activités (regarder la télévision en famille,
écouter la radio avec des collègues, jouer de la musique
dans un groupe etc.) sont autant de pratiques relevant de la sociabilité
culturelle ordinaire.
Au-delà de la vision d’un espace de pratiques –
souvent d’ailleurs de simples consommations – plus ou
moins figé dans une homologie à un espace de positions
sociales, la prise en compte des sociabilités culturelles permet
de mieux rendre compte de la dynamique des pratiques culturelles et
de l’organisation de celles-ci au-delà du simple moment
de la consommation. Le rôle des réseaux relationnels
peut ainsi être convoqué pour soutenir l’analyse
de phénomènes tels que la montée de l’éclectisme
culturel (Di Maggio, 1987 ; Peterson, 1992 ; Bergé & Granjon,
2005), tendance lourde de l’évolution des portefeuilles
de goûts identifiée au cours de la dernière décennie
(Donnat, 1994), ou inversement, certaines formes de pression au conformisme,
notamment chez les jeunes (Pasquier, 2005).
Nous proposons ici de rendre compte de la manière dont différents
cercles relationnels (le foyer, la famille, les amis, mais aussi les
collègues et camarades de classe, les connaissances et voisins,
ou encore des internautes) sont mobilisés dans les activités
autour de contenus culturels au travers aussi bien du dire, de l’échange
que du faire ensemble. Des données issues d’une enquête
par questionnaire seront mobilisées pour dresser un état
des lieux quantitatif des sociabilités culturelles dans plusieurs
domaines de pratiques (musique, vidéo, lecture). Nous verrons
à ce titre, qu’en dépit de l’usage croissant
des TIC dans les pratiques de consommation culturelle, les médiations
et les collectifs les plus traditionnels continuent à structurer
fortement les pratiques des individus. Les mutations récentes
des industries de la culture, particulièrement la numérisation
des contenus, qui facilite leur duplication et favorise de nouvelles
formes de (mise en) circulation (P2P, dispositifs de stockage numérique
mobiles, etc.) et les transformations des pratiques culturelles qui
vont dans le sens d’une informatisation croissante invitent
cependant à explorer à grain plus fin, la part des sociabilités
et celle des mutations technologiques, dans les pratiques culturelles
et leur éventuelle évolution. Une trentaine d’entretiens
conduits avec des personnes à différents « stades
» d’équipement en TIC (non usagers de l’informatique,
usagers de l’ordinateur simple, et internautes plus ou moins
avancés), menés dans la perspective d’un récit
de pratiques diachronique, nous permettrons de relever plus précisément,
ce qui est susceptible de faire rupture dans les sociabilités
autant que dans l’usage des TIC cadrant les pratiques culturelles.
« Les usages des Baladeurs MP3 »
Didier Bieuvelet, Vincent Bullich, Patrick Guillaud
GRESEC - Université Stendhal-Grenoble 3, France >>> Télécharger le texte de la communication
Les baladeurs « MP3 » sont devenus, dans l’imagerie
publicitaire et plus largement médiatique, un archétype
des mutations de la musique enregistrée, désormais non
plus seulement numérique mais dématérialisée.
Ils symbolisent, selon les discours, la recomposition de l’économie
de la musique enregistrée au sein de laquelle s’impose
de nouveaux formats et de nouveaux acteurs, ou l’émergence
d’un nouvel auditeur, toujours plus mobile et technophile.
C’est précisément ce second aspect que nous avons
interrogé au cours d’une étude visant à
appréhender les usages de ces appareils dans une approche initialement
généalogique, c’est-à-dire par une mise
en perspective de notre objet avec les travaux réalisés
sur les usages du Walkman. Nous nous sommes concentrés ensuite
sur les propriétés inédites des usages liés
à ces appareils. Pour ce faire, nous avons premièrement
réalisé une étude ergonomique dont l’objectif
était de définir les potentialités et contraintes
d’usages de l’ordre de la prescription ou inscrites dans
les outils mêmes. Nous avons deuxièmement mené
une enquête auprès de trois populations qui constituent
le cœur de cible des campagnes de marketing : lycéens,
étudiants et jeunes actifs. L’objectif était d’identifier
par l’intermédiaire d’une quinzaine d’entretiens
semi-directifs (individuels ou en groupe) des aspects représentatifs
de leurs usages effectifs.
Il en ressort que la dématérialisation des formats
musicaux a eu pour conséquence une « mise en dispositif
» des outils nécessaires à l’obtention et
l’écoute de la musique sur un baladeur. On peut appréhender
ce dispositif comme un ensemble de fonctions distribuées :
c'est-à-dire des fonctions réparties sur plusieurs outils,
mais interdépendantes et sine qua non à l’activité.
Cette mise en dispositif a pour conséquence une élévation
du niveau de compétences (techniques et cognitives) et de ressources
matérielles requis pour l’activité. Nous avons
dès lors observé deux attitudes idéales-typiques,
ces attitudes n’étant pas toujours clairement distinguées,
mais constituant les pôles d’un continuum sur lequel les
usages effectifs viennent se positionner :
- la première consiste en l’acquisition individuelle
des composantes matérielles nécessaires à la
constitution du dispositif (a minima : un baladeur, un ordinateur
et une connexion à Internet), ainsi qu’en l’apprentissage
des compétences techniques et cognitives nécessitées
par les différentes fonctions du dispositif ;
- la seconde consiste en une distribution des ressources et compétences
requises aux cercles de sociabilités proches (famille et amis),
le possesseur de baladeur devient dès lors dépendant
d’autres individus pour pouvoir écouter de la musique
avec cet appareil.
Cette hétéronomie constatée chez la plupart
des individus interrogés semble indiquer que les usages des
baladeurs MP3 se développent dans un double mouvement d’individualisation
et de personnalisation des pratiques d’une part et probablement
de complexification et collectivisation des conditions de leur mise
en œuvre d’autre part. Si l’outil est personnel et
son usage idiosyncrasique, il intègre un dispositif complexe
et les compétences et ressources nécessaires à
son fonctionnement sont susceptibles d’être distribuées
entre plusieurs individus.
« Editer et publier en ligne : des
espaces de rencontre entre auteurs, éditeurs et lecteurs »
Evelyne Broudoux
Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines
Oriane Deseilligny
Paris 10, France
La communication s’appuie sur les résultats d’une
étude confrontant deux dispositifs de médiatisation
en réseau de la communication écrite dans le domaine
littéraire.
E-critures et Ecrits-vains ? sont deux dispositifs en ligne d’édition
et de publication utilisés par les auteurs pour discuter et
faire connaître des œuvres, se faire entendre dans l’espace
électronique littéraire et récolter ainsi l’écho
de lecteurs. La façon dont les acteurs bâtissent et adaptent
à leurs besoins différents dispositifs technico-communicationnels
(atelier d’écriture, forum, liste de discussion, revue
littéraire, site web servant au référencement)
nous est apparu caractéristique des nouveaux modes d’échanges
et d’autopromotion servant à la reconnaissance des auteurs
dans l’espace électronique.
Les différences significatives des processus d’édition
et de publication au sein d’E-critures et d’Ecrits…vains
?, ainsi que leurs points communs permettent d’affirmer que
le filtrage éditorial est au cœur de ces dispositifs,
car ceux-ci articulent les opérations liées aux pratiques
d’écriture (production, analyse critique, évaluation),
aux opérations techniques liées aux formats de production
(mise en forme et circulation des œuvres et des documents), aux
opérations sociales enfin liées aux procédures
d’inscription dans une communauté, d’échanges
de commentaires et de positionnement des auteurs.
Ces dispositifs renouvellent le concept de « revue »
par leur conjugaison personnalisée des outils de communication
et de publication et leur instrumentation des phases de création-production-diffusion
des textes dans des espaces singuliers de monstration.
Enfin, cette renégociation des fonctions « editor »
et « publisher » est caractéristique des nouveaux
modèles éditoriaux dans le champ de l’édition
redistribuée, où l’arrivée d’acteurs
sociotechniques contribue progressivement à en diversifier
le paysage.
« Les consommateurs du monde virtuel
: que partagent-ils, que téléchargent-ils, que diffusent-ils
? »
Anders Edström Frejman
Institut Royal de Technologie, Suède
>>> Télécharger le texte de la communication (Version anglaise)
Chez les médias de radiodiffusion de nombreux pays, on a pu
assister à une forte tendance à la concentration des
pouvoirs, ainsi qu'à un déclin de la diversité
culturelle. Des études empiriques complètes (effectuées
sur une durée de onze ans) concernant les diffuseurs nationaux
suédois ont montré à la fois une stagnation et
un déclin de la durée des listes de lecture (respectivement
68% et 84%), ainsi qu'une similarité grandissante entre les
listes de lecture des diffuseurs (47%). En 2003, trois principaux
réseaux commerciaux contrôlaient 70% des licences commerciales
radiophoniques disponibles en Suède (30% en 1993). Cet état
de fait a entre autres eu pour conséquence de diminuer le nombre
d'éditorialistes (personnes décidant de la diffusion
des chansons), rendant la diffusion d'une chanson de plus en plus
difficile. C'est probablement un des facteurs qui a contribué
à l'augmentation du nombre des compagnies de disques et des
maisons de publication musicale détenues par les artistes eux-mêmes.
La diversité a été citée comme étant
l'un des principaux facteurs du succès des réseaux de
peer-to-peer (P2P). Moyennant un coût pratiquement nul, les
utilisateurs ont pu adapter et contrôler l'usage fait des fichiers
téléchargés sur leurs PC, téléphones
portables ou autres baladeurs. En d'autres termes, diversité,
contrôle, et prix. La première réponse de l'industrie
musicale a été, en dehors du fait d'essayer de tuer
ces réseaux, de lancer ses propres services, l'utilisateur
bénéficiant d'une diversité limitée, d'un
niveau de contrôle limité et d'un modèle de prix
limitant. Même le fractionnement des albums et la possibilité
donnée aux utilisateurs de choisir librement parmi des titres
téléchargeables numériquement sont restés
un obstacle mental difficile à franchir pour les compagnies
de disques, mais cela s'est finalement soldé par un succès
– particulièrement avec l'aide d'Apple. Depuis le lancement
de l'iTunes Music Store en avril 2003, plus d'un milliard de titres
ont été achetés, ce qui en fait le premier service
de téléchargement légal à avoir rencontré
un succès à grande échelle. Particularités
: une diversité correcte, un niveau de contrôle acceptable,
et un prix considéré comme raisonnable par les acheteurs.
Même si le nombre de téléchargements numériques
légaux explose, le pourcentage de revenus que tirent les artistes
de cette nouvelle activité ne semble pas suivre cette tendance.
En France, sur les 99 centimes d'euro que coûte un téléchargement
légal, en moyenne 3 reviennent aux artistes, 7 à la
Société des auteurs compositeurs et éditeurs
de musique (SACEM), et 65 reviennent aux producteurs, autrement dit
aux maisons de disques. Le reste est partagé entre les royalties
reversées aux entreprises de DRM (frais de licence du logiciel
de restriction de l’usage privé), aux fournisseurs d'accès
à Internet, et aux sociétés bancaires telles
que VISA.
En parallèle, la guerre contre les amateurs de partage sauvage
de fichiers continue comme avant. Pire encore, l'intérêt
pour le partage de fichiers est en augmentation. Les chiffres publiés
par le site Internet spécialisé dans le P2P slyck.com
indiquent une augmentation régulière du nombre total
de personnes utilisant le P2P (2003-2006). De façon plus surprenante,
ces chiffres ne prennent pas en compte Direct Connect et le très
populaire réseau BitTorrent. La popularité toujours
grandissante des réseaux de peer-to-peer et le succès
en parallèle des téléchargements légaux
soulèvent des questions concernant le contenu présent
dans ces deux mondes. Certaines études ont notamment conclu
que les amateurs de partage de fichiers sont également de grands
acheteurs de disques compacts, de grands acheteurs en ligne et des
amoureux des concerts. Mais peu de choses ont été écrites
sur le contenu exact des fichiers téléchargés
sur ces réseaux, sur ce qui est vendu par les services numériques
légaux et sur les préférences musicales des abonnés
à la 3G et des auditeurs de radios web – que ce soit
en termes de similarités et de différences.
Objectifs
Le but principal de ce rapport est d'analyser les catégories
d'oeuvres musicales qui sont partagées et téléchargées
parmi les amateurs de partage de fichiers. Oeuvres nouvellement créées,
musique ancienne, étrange, ou peut-être inconnue ? L'attention
est-elle portée sur un nombre limité de titres ou plutôt
sur un nombre de titres très important ? Un deuxième
objectif consiste à comparer tout d'abord le partage sauvage
de fichiers aux téléchargements légaux, puis
à la 3G et aux radios web, afin de mettre en lumière
des modèles semblables. Les comparaisons permettront d'obtenir
des informations d'importance dans le cadre de futures stratégies
gagnantes.
Méthodologie
Les principales données présentes dans ce rapport proviennent
de deux cas d'étude empiriques sur les téléchargements
en P2P. Le premier cas a été consacré aux fichiers
demandés sur un nombre significatif de hubs Direct Connect
durant le mois de mai 2005. Cette étude a été
menée sur un ordinateur en Suède à l'aide de
logiciels sur mesure de reniflage de paquets (“sniffing”).
Le second cas a eu trait à des données de reniflage
similaires issues d'un noeud Gnutella majeur en mars 2003, ceci incluant
de considérables données de trafic P2P issu de campus
d'universités américaines. Dans les deux cas, des milliers
de requêtes concernant des fichiers ont été sélectionnées
de manière aléatoire en vue d'un classement et ont été
entrées manuellement dans le moteur de recherche de l'iTunes
Music Store. Les correspondances avec des chansons existantes ont
été classées – avec le titre, l'artiste
(ou le groupe), le genre et la date de sortie la moins récente
– jusqu'à ce que, dans chaque cas, 1000 chansons soient
identifiées. Une troisième étude a été
consacrée à des données empiriques concernant
des fichiers téléchargés légalement via
la subdivision suédoise d'iTunes et ses concurrents nordiques.
Pour compléter cette étude, des données empiriques
sur les téléchargements de vidéos musicales provenant
de la branche suédoise de l'opérateur 3G “3”
ont été utilisées afin d'obtenir une perspective
plus large, puisqu'elle inclut les téléchargements mobiles.
Des chansons demandées sur une station de radio en ligne suédoise
(fondée en 1999) ont également été utilisées
afin d'élargir notre point de vue. Ces données contiennent
des requêtes (titre, artiste, nombre de requêtes) allant
de janvier à septembre 2005.
Conclusions et récapitulatif
De nombreux résultats ont confirmé les hypothèses
précédentes faites au niveau des réseaux de peer-to-peer.
L'une des principales conclusions établit que les recherches
effectuées sur ces réseaux reflètent une diversité
particulièrement aiguë concernant les termes utilisés
dans les recherches, plutôt que des recherches massives concernant
certaines oeuvres. Nombre d'entre elles concerne des chansons confidentielles
qui sont recherchées puis partagées, la plupart n'étant
pas disponible sur des services de téléchargements légaux.
De façon assez surprenante, on a pu noter que l'âge moyen
des chansons demandées sur les réseaux de P2P étudiés
était élevé, et que les chansons téléchargées
sur les services légaux suédois étaient très
diverses. L'étude conclut par-dessus tout que, malgré
les hésitations précoces des industries productrices
de contenu, une stratégie gagnante sur le long terme semble
reposer sur une grande diversité de l'offre, associée
à des exigences raisonnables au niveau du contrôle et
du prix. Cependant, l'incompatibilité actuelle entre les services
de téléchargement légal, majoritairement entre
iTunes et tous les autres, fausse la compétition et par conséquent
freine l'explosion de la vente de musique en ligne. L'impossibilité
de déplacer des chansons protégées par DRM entre
différents appareils tels PC, baladeurs Mp3 et téléphones
portables constitue également un second obstacle majeur.
« La construction des pratiques d’achat
en ligne au travers des biens culturels »
Viviane Le Fournier
Université Paris 8, LERASS Toulouse 3, France
La croissance continue des chiffres du commerce électronique
semble convaincre les acteurs d’une « banalisation » de
l’achat en ligne (ACSEL, FEVAD) et les chercheurs de la disparition
des freins aux transactions commerciales électroniques (Madrid,
Monnoyer, 2005). Cette assurance laisserait penser que les pratiques
d’achat se sont rapidement modifiées sous l’effet
conjugué de l’augmentation de la diffusion des TIC dans
la population et de l’amélioration des performances
techniques, tout particulièrement du haut débit. Rappelons
pourtant que l’achat en ligne ne concerne que 40% des internautes
en 2005 (CREDOC).
Certes, Internet semble bien accompagner les changements sociaux
(Proulx, 2005) et créer des opportunités pour d’autres
façons de consommer, tels les biens culturels (Licoppe et al. 2003).
En effet, ceux-ci semblent jouir d’une place privilégiée
puisqu’un cyber-acheteur sur deux déclare en avoir acheté en
2005, peut-on pourtant en déduire que les pratiques d’achat
seraient re-structurées sous l’effet mécanique
d’une offre marchande en ligne étoffée et de
l’accès accru aux TIC.
Notre communication s’attache à expliciter la façon
dont les internautes inscrivent les sites commerciaux de biens culturels
dans leurs pratiques d’achat de livres en ligne et hors ligne.
Les données recueillies auprès d’un échantillon
d’une soixantaine d’internautes contribuent à éclairer
deux dimensions, la première concerne le rôle du livre
dans l’apprentissage de l’achat en ligne favorable à la
suppression des préventions et, la seconde, se focalise sur
la place des relations de proximité entretenues avec le livre,
son lieu de commercialisation et le vendeur.
Les enseignements portent en premier lieu sur la matérialité de
l’objet, sa taille, son prix qui relativisent fortement les
risques attachés à la distance et contribuent à faire
du livre une occasion de tester ce mode d’achat dans une logique
de rationalisation. Il nous conduit à souligner les différences
de perception en liaison avec la nature de l’ouvrage, littérature
professionnelle ou de loisirs, qui marque une ligne de clivage dans
les comportements d’achat.
Au-delà de ces particularités, les discours des internautes
sur le statut spécifique du livre dans les pratiques d’achat
et dans les modes de vie montrent les combinaisons opérées
entre les habitudes de consommation culturelle dans les circuits
traditionnels et l’attention portée à l’offre
culturelle en ligne. S’il est difficile de faire émerger
de façon affirmée un profil typé de l’acheteur
de livre en ligne, l’offre électronique séduit
par ses avantages liés aux spécificités d’Internet.
Mais, par ailleurs, l’affectivité qui caractérise
la démarche d’achat dans les librairies traditionnelles
ou dans les grandes surfaces spécialisées reste vivace
aboutissant à des comportements d’achat hybrides dont
il est difficile aujourd’hui d’anticiper la pérennité.
« Usages improbable du spectacle :
de l’écran à la scène »
Christian Malaurie
Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3
Dans le champs spécifique des arts du spectacle associant
aujourd'hui de plus en plus les arts traditionnels de la scène,
et les arts plus contemporain de l'écran, il s'agit d'interroger
les usages improbables qui ne peuvent pas être analysés
d'une part en terme de « mises en objets »,
ni même en terme de « contenus identifiés ».
D'un point de vue méthodologique il semble que ni les approches
de la diffusion, de l'innovation et de l'appropriation des produits
culturels, ni même les approches en termes de « significations
d'usage » ne permettent de rendre compte de ces productions
qui prennent formes dans des lieux alter situés
ou voulant se situer dans du « hors-marché »et
qui peuvent devenir ou non des objets de consommation culturelle pour
des publics ciblés. D'un point de vue empirique,
il s'agit alors d'analyser, notamment en terme de territorialisation et
de déterritorialisation de ces usages, comment d’une
part, ils se situent dans le mouvement mondialisé du développement
de l'urbain (qui ne doit pas être confondu avec le processus
d'urbanisation traditionnelle de la ville avec ses espaces hiérarchisés
et son organisation centre-périphérie). En effet, l’urbanisation
actuelle doit être appréhendée à partir
de la caractérisation des formes sociales contemporaines
de la ville-réseau polycentrée, ouverte à la
mobilité de ses paysages. D’autre part, comment ils
sont déterminés par le développement des industries
culturelles.
Deux axes d’analyse concernant les lieux culturels urbains
peuvent donc être définis : d’une part un
axe portant plus globalement sur les nouveaux usages de friches industrielles
(devenues scènes de spectacles vivants, ou offrant de nouveaux écrans
filmiques), qui s’inscrivent dans la dynamique des mutations
urbaines contemporaines, et d’autre part un axe concernant
les inscriptions durables de lieux culturels dans un territoire qui
voient le développement d’usages improbables (accueil
soigné, absence de publicité, absence de stars programmées,
etc.), offrant à des spectateurs des programmations autour
de disciplines artistiques concernant le domaine du spectacle (cinéma,
musique, arts du spectacle vivant).
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