« L’exploitation
cinématographique dite d’Art et Essai :
une proposition alternative entre indépendance et dépendance
»
Michaël Bourgatte
Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, France >>> Télécharger le texte de la communication
Ces vingt dernières années ont été marquées
par des mouvements de flux et de reflux au sein de l’exploitation
cinématographique française, aussi bien en termes d’ouvertures
et fermetures de salles qu’en termes de fréquentation.
L’apparition des multiplexes - ou grands complexes multisalles
- au début des années 1990 est le principal élément
venant éclairer ce phénomène. Si leurs implantations
massives ont permis au parc en salles de se redéployer et ont
favorisé un nivellement par le haut des taux de fréquentation,
cela s’est fait aux dépens d’une grande partie
de l’exploitation cinématographique déjà
en place.
Dans ce contexte, le parc indépendant dit d’Art et Essai
est celui qui s’est le mieux adapté aux bouleversements
du marché, avec un taux d’établissements stationnaire
(un peu plus d’un millier) oscillant entre 15% et 20% de l’ensemble
du parc en salles français pour 15% à 20% de la recette
totale issue de l’exploitation. Cette frange de l’exploitation
doit son maintien à son engagement dans un processus d’opposition
à l’uniformisation passant par une programmation particulière
et une activité d’animation intense - notamment en direction
du jeune public - soutenues par les instances française et
européenne ainsi que par une part importante du public.
L’avenir de l’exploitation cinématographique semble
donc se dessiner sur un "duopole" avec d’un côté
les grands complexes cinématographiques commerciaux et de l’autre,
les salles indépendantes proposant films d’auteurs, cinématographies
peu diffusées, animations particulières et participant
activement au développement des politiques d’éducation
à l’image. En cela, on peut véritablement parler
de proposition « alternative », terminologie qu’il
s’agirait d’ailleurs de substituer à celle d’«
Art et Essai ».
L’existence de cette alternative cinématographique se
positionne dans une dialectique marquée à la fois par
une indépendance revendiquée et par des formes de dépendance.
Mais d’une dépendance réelle vis-à-vis
des politiques gouvernementale, européenne et d’une mise
en réseau, il se pourrait bien que l’on soit en train
de glisser progressivement vers une relation d’interdépendance
aux vues des responsabilités publiques croissantes que les
établissements dits d’« Art et Essai » se
voient accordées.
Par ailleurs, cette frange de l’exploitation semble plus que
jamais dépendante de la fidélité qu’elle
est en mesure de générer à son égard.
Mais les enquêtes mettent à jour l’existence de
groupes de spectateurs organisés autour d’habitudes,
de codes et de pratiques et se sentant liés à ces établissements
d’Art et Essai. L’amour et la connaissance de types de
cinématographies donnés, le respect de certains principes
(comme voir les films en version originale) ou le sentiment de bien-être
généré par un lieu font que la plupart d’entre
eux restent attachés à "leur" établissement.
D’autre part, ils déclarent tous que la sortie au cinéma
dépend étroitement d’une volonté consciente
de se sociabiliser. Ces attentes et cette sociabilité particulière
que développent les spectateurs avec leurs pairs dans un établissement
donné nous conduisent alors à entrevoir une relation
d’interdépendance entre un lieu et son public.
« Défier la suprématie
des labels majeurs ?
Les productions musicales indépendantes de l’Ecosse et
des Pays-Bas sur le marché mondial »
Erik Hitters, Miriam Van de Kamp
Erasmus Universiteit Rotterdam, Netherlands
Paul Rutten,
Université de Leiden, University College In Holland Haarlem,
Netherlands
Selon la plupart des théories développées au
sujet des industries de la culture, la diffusion mondiale de la musique
serait contrôlée par les labels majeurs occupant des
positions centrales dans le réseau mondial. Ces grands labels
ont des avantages concurrentiels au niveau du marketing et de la production.
Dans cette optique, les labels de petite taille manqueraient de moyens
pour avoir du succès sur le marché international. La
même chose vaudrait pour la musique populaire produite dans
des pays relativement petits. Cet exposé examinera quelques
développements actuels qui coupent avec cette logique.
La plupart du temps, les labels indépendants sont d’une
façon ou d’une autre intégrés dans la structure
des majors. Ce sont alors les labels majors qui s’occupent de
la distribution internationale tandis que les labels indépendants
se limitent à lancer des artistes susceptibles d’avoir
du succès. Aujourd’hui par contre, quelques entreprises
indépendantes au sein des secteurs du rock et de la “dance”
ont su commercialiser et diffuser leurs artistes avec succès.
Par conséquent, ces maisons de disques indépendantes
ne sont plus formellement associées aux labels majors. Cela
pourrait indiquer que le développement des relations entre
les labels majors et les indépendants entre dans une nouvelle
phase.
Cet exposé établit les différentes étapes
de cette évolution au sein du secteur de la musique. A titre
d’exemple du succès de ces entreprises indépendantes,
nous citerons le groupe de rock écossais Franz Ferdinand ainsi
que le DJ néerlandais Tiësto. De plus, nous soulignerons
dans notre exposé le rôle primordial que jouent l’Internet
et les réseaux dans le fonctionnement des labels indépendants.
La base empirique de cet exposé est constituée par
des données concernant l’exportation de la musique des
Pays-Bas, les marchés de l’industrie musicale écossais
et néerlandais ainsi que par des entretiens avec des représentants
du secteur de la musique en Ecosse et aux Pays-Bas. Ces données
seront analysées pour étayer notre hypothèse
selon laquelle l’évolution des relations entre les majors
et les indépendants entreraient dans une nouvelle phase. Les
différentes étapes de cette évolution seront
illustrées en nous basant sur l’analyse de données
secondaires et de publications concernant les structures du marché
et de l’entreprise de l’industrie de la musique contemporaine.
« Majors, indépendants et alternatifs
:
mutations des relations entre acteurs de la filière du livre.
Une approche internationale »
Bertrand Legendre
Université Paris 13 – LAbSIC - MSH Paris Nord, France >>> Télécharger le texte de la communication
Cette contribution a pour objet d’étudier dans quelle
mesure les mutations survenues dans la période récente
(technologies, financiarisation, concentration, mondialisation) conduisent à remettre
en cause la représentation et les modes d’échanges
au sein de la filière.
Elle se fonde tout d’abord sur le fait qu’il apparaît
bien que le schéma classique de « l’oligopole
et de la fourmilière » rend très imparfaitement
compte d’une situation qui ne se réduit plus à un
très petit nombre de très grands acteurs dominant un
très grand nombre de petites structures. Si des écarts
de taille existent bel et bien, il n’en est pas moins vrai
que des logiques et des aspirations communes sont en partie partagées
par des majors et certains « indépendants.»
Il apparaît bien ensuite que nombre de nouvelles structures éditoriales
font le choix de rester totalement en dehors des instances ou circuits
professionnels, posant ainsi la question de l’articulation
de la partie dominante de la filière avec sa propre « frange ».
Ce double constat conduit lui-même à une réflexion
sur la capacité de résistance et de renouvellement
attribuée aux nouveaux éditeurs. Si, par le passé,
l’on a pu voir dans des structures comme Minuit, La Découverte,
Le Seuil, et dans les personnalités qui les ont dirigées,
l’expression d’une telle capacité, on ne peut
prendre l’alliance formée naguère contre la reprise
de Vivendi par Hachette pour autre chose qu’une solidarité éphémère
et de circonstance autour d’intérêts communs à certains éditeurs.
De même, tout laisse à penser que pour la nouvelle génération
d’éditeurs, le discours critique porte seulement sur
les mutations structurelles et économiques de la filière
sans jamais penser la fonction politique de l’éditeur
post-moderne.
« L’industrie musicale à
l’aube du XXIe siècle : nouveaux usages, nouveaux échanges
? »
Jacob T. Matthews
Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3, France >>> Télécharger le texte de la communication
Cette communication présente des conclusions de recherches
récentes portant sur les « musiques actuelles »
et explorant les rapports entre marges et mainstream, tant du point
de vue des structures « classiques » de production et
de distribution de l’industrie musicale qu’en ce qui concerne
les réseaux numériques de création et de diffusion
musicale. Elle vise ainsi à contribuer à la compréhension
des évolutions spécifiques aux usages et pratiques sur
ces divers terrains, en interrogeant par ailleurs la portée
de processus idéologiques sous-jacents, caractérisant
l’ensemble de l’industrie musicale contemporaine.
Seront explicités tout d’abord les résultats
d’un ensemble de recherches empiriques menées au cours
des cinq dernières années, ayant pour objet les discours
et les représentations véhiculées au sein de
milieux musicaux alternatifs, mais également parmi les protagonistes
dominants de l’industrie phonographique. Ces études font
apparaître de profondes convergences entre les productions idéologiques
des multiples acteurs sociaux mobilisés dans ce champ. Ce phénomène
peut être mis en parallèle avec le brouillage des fonctions
ou des statuts traditionnellement réservés à
ces différents acteurs, qui ne sont plus aussi clairement catégorisables
qu’autrefois, en tant qu’émetteurs ou récepteurs,
producteurs ou consommateurs, et qui apparaissent, de plus en plus,
comme étant des « médiateurs » à
part entière.
Pour comprendre le sens que l’on peut donner à ces «
médiations », plutôt que de se focaliser sur les
nouvelles possibilités d’autoproduction ou d’autopromotion
qu’offriraient les TIC numériques, il paraît opportun
d’explorer la manière dont un ensemble croissant d’usages
individuels ou collectifs de ces TIC – songeons aux réseaux
d’échange de fichiers musicaux – contribuent à
la création des nouvelles valeurs d’échange dont
le système socio-économique, dans son ensemble, a besoin
pour se reproduire.
De plus, on peut mettre en évidence un certain nombre de tendances
qui semblent indiquer que la décentralisation matérielle
– observable, entre autres, avec le développement de
nouvelles formes de diffusion par réseaux P2P (au détriment
des formes traditionnelles de distribution) – s’accompagne
d’une plus grande centralisation idéologique ; la participation
« active » des usagers-médiateurs devenant une
condition toute aussi vitale pour le développement de l’industrie
musicale que la promotion médiatique ou les stratégies
de marketing impulsées par l’oligopole.
Enfin, par un retour sur les scènes alternatives, cette contribution
au débat interrogera la notion d’« usage improbable
» dans le contexte des émergences culturelles. En quoi
les viviers underground seraient-ils aujourd’hui porteurs de
nouveaux usages sociaux – ou, pour l’exprimer en des termes
quelque peu « démodés », de nouvelles valeurs
d’usage – à même d’échapper
durablement aux logiques dominantes de la marchandisation ou de l’institutionnalisation
culturelle ? A contrario, en quoi les usages sur les scènes
musicales marginales (et leurs extensions en termes de TIC) participeraient-ils
de l’autorégulation d’un « système
» de l’industrie musicale dont ils seraient eux-mêmes
intrinsèquement constitutifs ?
« La petite édition indépendante
face aux grands groupes ou le refus de l’uniformisation culturelle
»
Sophie Noël
EHESS – CSE, Paris, France >>> Télécharger le texte de la communication
Depuis la fin des années 1980, une nouvelle « génération » de
petites structures d’édition indépendantes et
engagées dans le domaine de la critique sociale ou, au sens
plus large, des essais de sciences humaines et sociales est apparue
en France. La Fabrique, La Dispute, Agone, Le passant ordinaire,
Raisons d’agir … autant de noms d’éditeurs
qui ont fait leur apparition sur les tables des libraires et qui
ont su pérenniser leur activité. Si le phénomène
n’est historiquement pas nouveau, il s’inscrit
aujourd’hui dans un contexte de concentration et de rationalisation
inédite du champ de l’édition et de son apparente
perte d’autonomie par rapport au champ économique. Malgré leur
faible importance économique et leur fragilité financière,
ces petits et micro-éditeurs, jouent un rôle symbolique
important tout en cristallisant de manière exacerbée
les contradictions d’un secteur écartelé entre « l’art
et l’argent », entre le commerce et la culture.
Confrontés à un marché polarisé entre
deux grands groupes dominants et une poignée d’éditeurs
de taille moyenne s’appuyant sur de puissants outils de diffusion
et de distribution, la position de ces éditeurs est des plus
fragile. Reposant sur des formes plus ou moins poussées d’auto-exploitation
et de bénévolat, ils bénéficient cependant
d’atouts non négligeables : un réseau de
librairies indépendantes actif, des subventions publiques,
ainsi que le développement de nouveaux canaux de distribution.
A partir d’entretiens approfondis avec une vingtaine d’éditeurs,
mais aussi libraires et diffuseurs, cette présentation s‘efforcera
d’analyser la façon dont ces petites structures artisanales
se positionnent par rapport aux grands groupes dont elles entendent
se démarquer au nom d’une forme d’édition « différente » qu’il
conviendra d’appréhender, en s’attachant à l’articulation
entre capital symbolique et capital économique.
Quelles sont les contraintes pesant sur ces structures à l’heure
de la concentration accélérée ? Quelles stratégies
et pratiques mettent-elles en œuvre ? Tenter de répondre à ces
questions devrait permettre d’évaluer leur capacité d’adaptation à un
secteur en perpétuelle mutation.
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