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« L’art
partenaire de l’innovation. Mutations du travail et des organisations
artistiques autour des TIC »
Jean-Paul Fourmentraux
EHESS, ENSMP, France >>> Télécharger le texte de la communication
De nombreux auteurs ont mis en perspective, à l’échelle
internationale, les enjeux des politiques de revitalisation économique,
urbaine et sociale, axés sur la promotion d’une innovation
portée par une « classe créative » (Caves,
2000 ; Florida, 2002) dans laquelle l’artiste occupe désormais
une place de premier plan (Greffe, 2002 ; Menger, 2002). Le «
talent artistique » devient dans ce contexte une richesse particulièrement
prisée. À l’interface des différents milieux
qui font commerce de « l’innovation créative »,
l’artiste campe un nouveau type de chercheur-créateur
dont on attend qu’il croise recherche académique, innovation
artistique et valorisation publique. Toutefois, la plupart de ces
travaux soulignent également combien les alliances entre art,
science et industrie demeurent incertaines. S’il est en effet
de bon ton de parier sur le nouveau « travailleur » que
représente désormais l’artiste, les liens entre
la créativité artistique et l’innovation restent
problématiques (Menger, 1989, 2002 ; Chiapello, 1998 ; Greffe,
2002). Encore rares sont les artistes à avoir développé
cette culture de l’entrepreneur tant convoitée, essentielle
pourtant lorsqu’il s’agit de promouvoir des usages et
transferts de certains résultats de la recherche-création
sur une scène industrielle ou marchande. Dans cet environnement
pour le moins ambigu, on assiste à une multiplication d’initiatives
politiques et gouvernementales visant l’incitation et l’accélération
des énergies artistiques en ce domaine. Ces leviers politiques
ont-ils des effets plus concrets sur l’organisation du travail
et sur l’économie des productions artistiques ? Entraînent-ils
une revalorisation de l’activité artistique ? D’un
point de vue plus pragmatique, quelles sont les conditions et modalités
d’un entrepreneuriat artistique susceptibles de mener sur la
voie de la valorisation et du transfert des produits de la recherche
en art ?
Cette communication propose une première analyse des ressorts
et tensions de ces tentatives d’intégration et d’articulation
de la recherche académique, de la création artistique
et de la production industrielle. Elle mobilise les résultats
d’une enquête menée auprès de chercheurs-créateurs
d’un prototype canadien d’organisation de ces rapprochements
: le consortium interuniversitaire Hexagram (Montréal, Canada).
Ce consortium propose d’associer des laboratoires de recherche,
des groupes industriels et des PME dans l’objectif de stimuler
l’innovation pour la création et la diffusion de produits
et services multimédias interactifs et audiovisuels numériques.
Il redéfinit ainsi pour une bonne part les empreintes, facteurs
et conséquences économiques des arts.
« Le travail créatif dans les
industries culturelles »
David Hesmondhalgh, Sarah Baker
The Open University, Angleterre
>>> Télécharger le texte de la communication (version anglaise)
La gestion et l’organisation du travail créatif au sein
des industries culturelles, tout comme ceux qui ont la création
de textes pour responsabilité principale, sont des aspects
souvent négligés dans le domaine des sciences sociales.
Cet exposé reprend l’approche initiale d’un projet
dont l’objectif est d’enquêter sur le personnel
créatif au sein de ces industries. Peu d’études
ont tenté de faire l’analyse systématique de la
gestion du travail créatif à travers un éventail
d’industries diverses, plutôt qu’une seule industrie
en particulier. Cependant, Ryan (Making Capital from Culture, 1992)
a identifié des pratiques communes à l’ensemble
des industries culturelles, y compris l’importance du personnel
marketing et la fonction essentielle du directeur de création.
D’autres, y compris ceux impliqués dans des études
organisationnelles (e.g. Lampel et al., 2000, Organization Science)
ont traité des pressions auxquelles les employés font
face dans les ‘‘industries créatives’’
pour réconcilier un certain nombre d’objectifs apparemment
contradictoires tels que parvenir à allier l’originalité
à la familiarité, la valeur artistique au succès
financier.
Mais cette propension à l’analyse de l’organisation
de ces industries peut avoir tendance à minimiser les différences
entre ces industries. L’identification de Miège (The
Capitalization of Cultural Production, 1989) d’un certain nombre
de modèles ou ‘logiques’ de production caractéristiques
des différentes industries culturelles peut nous être
utile :
• le modèle édition (basé sur le rapport
entre échecs et succès dans un répertoire comme
dans les industries de la musique, du livre et du cinéma) ;
• le modèle flot (basé sur le flot continu d’un
produit et la loyauté du public, comme à la radio, la
télévision et les nouveaux médias) ;
• le modèle de la presse écrite (la consommation
loyale et régulière d’une série d’articles
dans les journaux et magazines).
Mais l’analyse de Miège n’a pas été
suivie en termes de travail empirique systématique sur la façon
dont ces différentes logiques, aussi valables soient-elles,
pourraient avoir une incidence sur les relations entre le personnel
créatif et d’autres personnels dans les industries culturelles,
et sur la façon dont ces relations pourraient à leur
tour influer sur les textes. En prenant les distinctions de Miège
comme point de départ, notre travail de recherche pose la question
suivante : dans quelle mesure trois industries culturelles distinctes
(enregistrement de musique, édition de magazine et télévision)
organisent leur travail créatif de façon caractéristique
et comment théoriser les divergences et similitudes entre ces
différentes industries ? Notre exposé détaille
notre travail de recherche sur la question en examinant plusieurs
genres au sein de ces industries.
« Les aspects esthétiques de
l'instrumentalisation de la réception »
Marc Hiver
Université Paris 10-Nanterre, France
>>> Télécharger le texte de la communication
Les questions posées par les contraintes socio-économiques
des industries de la culture, de l’information et de la communication
(entre autres, mutations des offres industrielles, mutations sociales,
politiques et idéologiques) sont aussi à relier en
terme d’évolution des formes cinématographiques à l’instrumentalisation toujours
croissante de la réception dans une démarche complémentaire
croisant esthétique et communication. En effet, cette
instrumentalisation de la réception n’est pas seulement
d’ordre publicitaire et marketing, mais aussi esthétique
au sens d’esthétique de la réception.
La problématique autour d’une instrumentalisation de
la réception centrée sur la place du son et surtout
de la musique implique un type d’investigation dont l’empiricité diffère
des enquêtes empiriques liées à d’autres
formes d’approche de la réception. Quel est l’enjeu
d’ordre esthétique et communicationnel quand, par exemple,
l’instrumentalisation du spectateur-auditeur repose toujours
plus sur une psycho-technique induite par les pratiques
des professionnels de l’industrie cinématographique ?
Comment la psychologisation généralisée
et médiatisée (à ne pas confondre avec la psychologie
comme discipline) en vient-elle à formater la valeur d’usage des
produits culturels cinématographiques, les émotions induites
-notamment par la musique-, privant les objets culturels de leur
questionnement énigmatique et artistique ?
Quand on articule les enjeux d’ordre esthétique et
les enjeux économiques, industriels et financiers, il est
pertinent d’analyser comment, dans leur tentative de mondialisation
de la culture, les grands groupes de communication, par leur force
de frappe et leurs réseaux financiers sont, pour ce qui concernent
les produits culturels cinématographiques, non seulement des
machines à tirer l’ensemble du secteur vers des productions
toujours plus coûteuses, donc intouchables pour des économies
plus fragiles, mais aussi des machines prétendant contrôler les
codes et les signes, en promouvant un « langage cinématographique ».
Ces « machines sémiotiques » essaient
d’imposer les normes et les standards d’un langage à la
recherche d’une communication immédiate, cohérente
avec ses objectifs financiers. Le type de recherches dans lequel
je m’inscris interroge cette prétention hégémonique
des industriels en l’évaluant sous l’angle de
ses effets symboliques qu’il convient de mesurer aussi à l’aune
des évolutions des pratiques d’écoute et de visionnement
des spectateurs.
« L’art numérique comme
analyseur »
Anolga Rodionoff
Université Paris 8, CEMTI, MSH Paris Nord, France
Les pratiques artistiques, qui s’appuient sur l’exploration
du numérique (réseau de transmission comme internet
et environnements virtuels), mobilisent des savoirs et des savoir-faire
très différents. Programmeur, développeur, informaticien,
webmaster, producteur, éditeur ou, dans certains cas, commanditaire
participent au côté de l’artiste à la
production de l’œuvre. Existe aussi différentes
modalités ou degrés d’exploration du numérique
: de l’usage d’un logiciel en tant que simple outil au
détournement des fonctionnalités offertes par un logiciel
jusqu’à la création d’un programme informatique
ad hoc indissociable de l’œuvre. Le dispositif-œuvre
est ainsi de nature soit collective, soit "collaborative".
Ces pratiques inédites de l’art supposent donc une division
du travail et quelquefois un investissement financier important en
amont de leur réalisation. Elles s’écartent,
en conséquence, de celles qui se rattachent à l’art
contemporain. Dès lors, plusieurs questions peuvent se poser.
Cette organisation du travail qui oscille entre artisanat et procès
industriel oblige à s’interroger sur une tendance à l’industrialisation
de la création, voire sur la notion d’industrialisation.
Se pose également la question de savoir à qui revient
le droit d'auteur et si, dans certains cas, la notion de bien ne
se dissout pas. La quasi absence de mise en marché de l’art
numérique pose également la question essentielle de
son financement d’autant qu’il n’existe pas de
politiques culturelles, à l’échelle de l’Etat,
en sa faveur. Si des modèles mixtes de financement apparaissent,
il est difficile de savoir s’ils se stabiliseront, s’ils
sont suffisamment rentables et s’ils répondent à toutes
les formes observées de ces pratiques artistiques. Enfin,
et ce n’est pas sans conséquences sur l’existence
de ces pratiques singulières de l’art, l’accès
aux œuvres semble compromis face à une politique de
conservation et de diffusion qui apparaît comme hiératique
et qui reste trop souvent liée à la personnalité ou à la
sensibilité d’un acteur.
Si l'art numérique remet en cause non pas tant le sens de
l'art mais sa définition même parce que le noyau de
l'œuvre est désormais entièrement communicable,
il questionne aussi les conditions de sa production : organisation
du processus de création-production, statut de l’artiste,
marché et mode de financement, politique(s) culturelle(s)
publique(s) et public. Modalités de la création-production
de l’art numérique sur lesquelles nous mettrons l’accent,
afin de mettre en évidence des tendances à l’œuvre
dont certaines se retrouvent dans certains secteurs des industries
de la culture. Si l’art numérique est un analyseur,
parce qu’il oblige à redéfinir l’art, il
l’est également parce qu’il montrerait des évolutions
qui ne sont pas exclusives au monde de l’art.
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