« Les producteurs de télévision et l'industrialisation de la production »
Nicolas Brigaud-Robert
EHESS, Paris, France >>> Télécharger le texte de la communication
La France a connu une télévision sans producteurs.
Les raisons de l'apparition du métier de producteur de télévision
en France sont à rechercher à la fois dans la transformation
des conditions économiques et techniques du processus de fabrication
des programmes de télévision et dans le travail progressif
d'unification symbolique d'un groupe d'agents qui s’est imposé
dans la division du travail et qui a encouragé sa mutation.
Personne physique "gestionnaire d’un programme" ou,
à partir du milieu des années soixante, entreprise privée
partenaire des diffuseurs et associée à leur logique
économique, le producteur se présente comme une solution
à la maladie des coûts en s’appuyant sur un nouveau
modèle de fabrication des programmes allié à
une nouvelle esthétique. La mobilisation collective des producteurs
a trouvé le soutien continu de l’Etat dont l’intervention
régulatrice simultanée a permis l’affirmation
et l’autonomisation relative d’un nouveau groupe professionnel.
L’analyse de la dynamique du champ, c’est-à-dire
l’évolution des positions relatives des agents et des
enjeux qu’ils reconnaissent comme les leurs, montre, depuis
lors, que le producteur pour survivre professionnellement ne prend
pas seulement en charge la rationalisation ou la normalisation du
processus de production, mais aussi, dans le même temps, la
recherche de novations ou de différenciations. Cette logique
de destruction créatrice se fait sous la contrainte permanente
de l’incertitude de la valeur qui tend à renforcer l’importance
des relations de face à face en particulier avec le personnel
de chaînes. L’échec des stratégies de constitution
de grand groupe de production ou la relativement faible concentration
du secteur s’explique en partie en raison des effets de cette
dynamique. Plus de quarante ans après sa genèse en France,
le métier de producteur de télévision reste le
fait d’entrepreneurs dispersés.
« La radiodiffusion française
: entre traditions et mutations, diversité et concentration
»
Jean-Jacques Cheval
Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3, France
Une fois encore, au début du XXIe siècle, le système
radiophonique français apparaît à un tournant
de son existence entre traditions et mutations, diversité et
concentration.
Sa situation actuelle conserve de forts éléments de
permanence. Ainsi la radio française dispose encore d’un
secteur public étendu, héritier d’une période
historique où celui-ci disposait d’un monopole. Mis diversement
en question, il n’en demeure pas moins un pôle de référence.
Les radios commerciales, nombreuses et puissantes, s’organisent
en groupes industriels, pour partie, issus de stations anciennes,
connues sous le nom de radios périphériques : RTL et
Europe 1. Enfin, les radios libres, nées des tumultueuses années
70 et souvent annoncées moribondes, persistent et constituent
un 3e secteur, non commercial, conséquent sous le nom de radios
associatives.
Selon des statuts particuliers, des économies et des logiques
de fonctionnement différentes, ces trois secteurs contribuent
ensemble à la construction d’un paysage radiophonique
assez diversifié et complémentaire. De fait, les radios
maintiennent une audience quotidienne importante malgré une
forte hausse de la concurrence médiatique globale (la télévision
et Internet).
Mais les radios françaises sont également soumises
à des transformations. La régulation du secteur solidement
et durablement assise, appliquée par le CSA, pourrait faire
l’objet d’aménagements prochains. Le passage de
la radio généraliste à la radio spécialisée
se poursuit. Les programmations évoluent et s’adaptent
aux nouveaux usages et aux pratiques des auditeurs, ainsi qu’à
des situations de plus en plus concurrentielles. À l’instar
de ce qui se passe dans les autres pays européens, les mutations
technologiques autour de la convergence numérique se profilent
aussi comme des aspects essentiels de ces transformations, même
si leurs effets ne semblent pas encore déterminants. À
tous les niveaux, l’économie de la radio joue un rôle
essentiel. La concentration des structures et des formats largement
engagée dans le secteur commercial autour de trois groupes,
dont le groupe NRJ relativement récent, pourrait concerner
également le secteur public et le secteur associatif. Le risque
existerait alors d’un amoindrissement du pluralisme radiophonique
français.
« Argentique ou Numérique ?
Les mutations de la filière cinématographique »
David Mabillot
Université Paris 13, CEPN - CNRS, France
Le cinéma numérique fait-il partie de ces technologies
tant attendues mais qui n’arrivent jamais ? Début 2006,
on compte encore sur les doigts d’une main le nombre de cinémas
équipés pour la projection numérique en France.
Cinq ans ont passé depuis les premières déclarations
de Georges Lucas selon lesquelles la distribution numérique
des films en salles s’imposerait rapidement et signerait en
retour l’arrêt de mort de la pellicule argentique.
Paradoxalement, les technologies du numérique sont disponibles
tout au long de la filière traditionnelle du cinéma.
Si les caméras numériques sont de plus en plus utilsées
pour les tournages, la distribution numérique reste marginale,
le déploiement stagne et l’opposition des exploitants
de salles reste vive. Face aux bénéfices annoncés,
cette situation surprend.
Force est de constater qu’une partie de l’industrie du
cinéma résiste au numérique... La projection
numérique oppose d’un côté les distributeurs
qui sont les gestionnaires mondiaux des droits de l’actif versionnable
(le film) et de l’autre les exploitants qui sont les responsables
de l’infrastructure locale (salles de cinéma) dédiée
à la version de qualité cinéma (pellicule argentique).
L’objet de cette contribution est d’expliquer les raisons
de cette résistance et de révéler les enjeux
qu’elles cristallisent. Pour ce faire, nous appliquerons les
travaux de M. Porter (2004, pp. 29-46) et de la nouvelle économie
de l’information et des réseaux (Varian et Shapiro).
« La concentration des ICIC à
l’heure du numérique. Le cas de l’industrie musicale
»
Heritiana Ranaivoson
CES-Matisse, Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne,
CES-MATISSE, CNRS, France >>> Télécharger le texte de la communication
La fusion réalisée l’été dernier
entre la filière musicale de Sony et celle de Bertelsmann peut
n’être vue que comme une nouvelle étape d’un
processus long de concentration de l’industrie musicale, qui
conduit aujourd’hui à une situation dans laquelle quatre
maisons de disques, les majors contrôlent 75 % de la distribution
de disques, trois de ces majors appartenant à des leaders mondiaux
du secteur de la communication.
Le développement des technologies numériques vient
cependant modifier la donne. Théoriquement, parce qu’en
réduisant les coûts de production et diffusion et en
permettant l’accès à un marché potentiellement
mondial, elles favorisent l’émergence et le développement
de petites structures. Dans la pratique parce que les nouveaux entrants
s’avèrent être de puissantes firmes principalement
issues du monde de l’informatique, tel Apple ou Microsoft.
Cette contribution a pour objet la concentration des industries de
la culture, en particulier l’industrie musicale. Quelles sont
les causes de la concentration accrue de l’industrie musicale
? Quelles formes revêt cette concentration ? Quel est son impact
sur la concurrence et la diversité ?
Dans un premier temps nous nous intéresserons aux déterminants
de la concentration de l’industrie musicale. Du point de vue
des entreprises, l’existence d’économies d’échelle,
la réduction des coûts de transaction et la recherche
de synergies expliquent en grande partie le niveau de concentration.
Encore faut-il prendre en compte les structures nationales de la vente
au détail, et les modifications induites par les nouvelles
pratiques sur Internet (peer-to-peer, etc.). Nous rappellerons également
l’importance de l’influence des innovations technologiques
sur la structure de l’industrie musicale (Alexander, 1994).
Nous étudierons ensuite les formes prises par la concentration,
une étude reposant essentiellement sur une comparaison internationale
de données issues des antennes nationales de la Fédération
Internationale de l’Industrie Phonographique (Ifpi) et portant
sur la concentration de la production, de la distribution et de la
vente au détail, en particulier depuis l’avènement
du CD puis d’Internet.
Enfin, nous nous intéresserons à l’impact de
cette concentration, d’abord par l’étude de la
littérature économique et sociologique qui traite de
l’impact du niveau de concentration sur les prix pratiqués,
l’innovation et la diversité de la production (Berger
et Peterson, 1975 ; Dixit et Stiglitz, 1977). Ensuite, nous aborderons
cet impact de la concentration sous l’angle des problèmes
rencontrés vis-à-vis du droit de la concurrence, notamment
dans le cas des fusions-acquisitions et des Digital Rights Management
systems (DRMs).
« L’externalisation des activités
de création dans les ICIC : à propos de tendances observables
dans le secteur de la presse »
Franck Rebillard
Université Lyon 2, France >>> Télécharger le texte de la communication
Dans la presse écrite, les activités de création
(travail journalistique) sont encore fréquemment effectuées
au sein d’entreprises qui, simultanément, assurent la
confection du bien (mise en page, impression du journal) voire sa
mise en marché (vente des journaux et des espaces publicitaires).
En comparaison d’autres filières des ICIC où le
niveau de la conception est davantage séparé de la production
et de la distribution, l’intégration verticale des entreprises
de presse a ainsi pu constituer une particularité, qui tend
toutefois à s’estomper.
Dans les trois voies où la presse s’est le plus développée
récemment en France, on peut observer un mouvement d’externalisation
des activités de création. La presse magazine spécialisée
repose sur des cellules-titres coordonnant le travail de collaborateurs
extérieurs (pigistes). La presse en ligne engendre peu d’informations
originales faute d’équipes dédiées adéquates,
et diffuse principalement des contenus élaborés pour
d’autres supports. La presse quotidienne gratuite recourt fortement
à des sources externes, se centrant parfois sur la compilation
de dépêches d’agences et de communiqués.
Ces tendances peuvent d’abord être analysées comme
un alignement du secteur de la presse sur une configuration relativement
transversale aux ICIC. Elles peuvent aussi être rapportées
à des évolutions plus larges du processus industriel,
favorisant la flexibilité et la productivité. Cette
logique de rationalisation des coûts sous-tendant l’externalisation
de la création peut s’avérer, sur la longue durée,
difficilement compatible avec les logiques de renouvellement des formes
propres aux ICIC, et de couverture pluraliste de l’actualité
encore plus spécifiques à la presse.
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